Te Deum laudamus, Nänie et Missa in tempore belli








Le directeur musical Andrei Bedros a concocté un concert tout en émotion et centré sur l’actualité de l’hiver-printemps 2022-2023 pour le 28 mai 2023. Dans un premier temps, c’est la bonne humeur, la joie et la reconnaissance qui nous habitent, avec le Te Deum de Mozart.
Nous sommes tous contents d’être à peu près sortis de la pandémie, mais surtout de retrouver notre Ensemble vocal Les Jongleurs dans sa bonne forme d’autrefois. Ce qui nous entraîne aussitôt vers une œuvre plus élaborée, passablement difficile d’exécution. C’est pourquoi on l’entend plus rarement en concert: l’élégie Nänie de Brahms. Il s’agit, en effet, d’une œuvre romantique qui pleure la mort d’un être cher, ce qui peut nous amener à penser avec sérénité à des personnes proches qui nous ont quittés ces dernières années. C’est un chant plein de sérénité et de consolation.
Enfin, un événement de la scène internationale nous a ébranlés depuis le 24 février 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, d’autant plus que notre chef est originaire du pays d’Europe de l’Est, la Roumanie… Aussi n’a-t-il pas hésité à choisir cette belle messe de la maturité de Joseph
Haydn, la Missa in tempore belli (= messe en temps de guerre), qui se termine par cette imploration que nous partageons tous: dona nobis pacem (= donne-nous la paix)!
Te Deum laudamus de Wolfgang Amadeus Mozart
Le Te Deum est le chant par excellence qu’on entonne au sortir de grandes difficultés collectives, comme à la fin d’une guerre, par exemple, pour marquer notre reconnaissance à Dieu que ce conflit, ce drame (pour nous, la pandémie), soit enfin terminé. C’est une hymne grégorienne assez longue que Mozart (1756-1791), comme bien d’autres, a mise en musique. Mais attention, vous ne le croirez pas: il a composé ce Te Deum à l’âge de… 13 ans, en 1769. Songeons-y, c’est à peine dix ans après la prise de Québec par les Anglais!
Je vous cite simplement un commentaire du musicologue Alfred Einstein: Ce Te Deum est de caractère mozartien. «L’architecture en est assurée, la déclamation des chœurs irrésistible, et la double fugue qui le termine a elle-même une certaine majesté rustique typique de l’Allemagne du Sud; Mozart ne pouvait mettre un meilleur terme à son activité de musicien d’église avant de partir pour ses voyages en Italie.»
Surveillez bien la dernière fugue : c’est la partie la plus élaborée de l’œuvre, qui s’ouvre sur ces mots : In te Domine speravi (= En toi, Seigneur, j’ai mis mon espoir).
Nänie de Johannes Brahms
Johannes Brahms (1833-1897) est l’un des grands compositeurs romantiques allemands, après Beethoven, Schubert et Schumann. On connaît bien son Requiem allemand, œuvre profondément humaniste, où l’accent est mis sur la sérénité et la consolation. C’est le même esprit qui anime le chant funèbre Nänie, composé en 1881, une quinzaine d’années après le Requiem, période de pleine maturité de Brahms.
Venant de perdre un ami très cher, le peintre Anselm Feuerbach, Brahms a mis en musique un poème du grand poète allemand Friedrich von Schiller. Ce texte a été choisi afin d’associer deuil et consolation dans la musique. Vous constaterez que l’œuvre comporte plusieurs segments, de caractères assez différents. Il s’ouvre sur cette phrase: «Même les personnes les plus belles doivent mourir : Auch das Schöne muss sterben». Schiller invoque ensuite trois exemples frappants de la mythologie grecque, soit des divinités d’une grande beauté (Eurydice,
Adonis, Achille) qui n’ont pu échapper à la mort. Elles ont été pleurées par les dieux et les déesses, dans une complainte magnifique : c’est sur le mot herrlich, plusieurs fois répété, que se termine la pièce, dans la plus grande douceur.
Missa in tempore belli de Joseph Haydn
L’œuvre principale au programme, la Messe en temps de guerre, a été écrite en 1796, au moment où les armées de Bonaparte viennent de battre l’armée autrichienne au pont d’Arcole en Italie, et menacent Vienne où vit Haydn depuis 1762. Haydn (1732-1809) est alors au sommet de son art: c’est deux ans plus tard, en 1798, qu’il compose sa fameuse Création. Sa musique est très influencée par Mozart, mort cinq ans plus tôt et dont il était l’ami et son aîné.
La Missa in tempore belli a un caractère triomphant, mis en relief par la tonalité d’ut majeur. Les sonorités sont éclatantes: l’orchestre, bien fourni, y tient un rôle de premier plan. Les timbales servent à transmettre ce sentiment de danger imminent: on les entend particulièrement dans l’Agnus Dei final, à tel point qu’on donnera à cette messe le surnom de Paukenmesse (=messe des timbales). Haydn aurait dit qu’il les faisait sonner «comme si l’ennemi approchait».
C’est ainsi qu’on sent dans cette messe une espèce de joie irrésistible, dans l’espérance de la victoire. Pour nous, dans les circonstances, nous préférerons en faire une ultime prière: Donne-nous la paix: dona nobis pacem.
Présentation par Guy Laperrière, choriste ténor
Programme
▪ Te Deum laudamus (1769)
de Wolfgang Amadeus Mozart
- Allegro
- Adagio
- Allegro
- Fugue
▪ Nänie, chant funèbre (1881)
de Johannes Brahms
▪ Missa in tempore belli (1796)
de Joseph Haydn
- Kyrie (solistes et chœur)
- Gloria
– Gloria in excelsis Deo (chœur)
– Qui tollis peccata mundi (basse et chœur)
– Quoniam tu solus sanctus (solistes et chœur) - Credo
– Credo in unum Deum (chœur)
– Et incarnatus est (solistes et chœur)
– Et resurrexit (solistes et chœur)
– Et vitam venturi sæculi, Amen (solistes et chœur) - Sanctus (alto, ténor et chœur)
- Benedictus (solistes et chœur)
- Agnus Dei
– Agnus Dei (chœur)
– Dona nobis pacem (solistes et chœur)


Crédits

Andrei Bedros
Directeur musical et chef de chœur
Originaire de Roumanie, Andrei Bedros est diplômé du Conservatoire de musique de Bucarest. Arrivé au Québec en 1979, il se spécialise en direction chorale à la Faculté de musique de l’Université de Montréal. Il dirige maintenant plusieurs chorales et a reçu le Prix Jean-Pierre Guindon de l’Alliance chorale du Québec en mai 2016 pour sa contribution à l’épanouissement du chant choral. En 2021, nous avons célébré ses 40 ans à la direction musicale de l’Ensemble vocal Les Jongleurs.

Anne-Marie Denoncourt
Pianiste d’accompagnatrice
Anne-Marie Denoncourt est diplômée de la Faculté de musique de l’Université McGill et du Westminster Choir College de Princeton, New Jersey. Elle accompagne de nombreuses formations musicales et est présentement enseignante au Département de musique (pianiste et pianiste-accompagnatrice) du Cégep Saint-Laurent. L’Alliance chorale du Québec lui a remis le Prix Gilles-Breton en juin 2019. Elle s’est jointe à l’Ensemble vocal Les Jongleurs en janvier 2023.
Choristes
SOPRANOS
Denise Chrzanowska
Catherine Courchesne
Isabelle Duranceau
Isabelle Ecuyer-Dab
Marie-Hélène Gaumond
Ginette Hétu-Bertrand
France LaRochelle
Anik Larose
Louise Lauzon
Céline Paré
Johanne Paré
Isabelle Poyau
Ève-Line Pipon
Jocelyne Pronovost
Catherine Tremblay
TÉNORS
Claude Chasle
Carlos Antonio Escobar
Jean-Pierre Fortin
Johanne Hotte
François Lalande
Guy Laperrière
Donald Poulin
Gaëtan Sheridan
ALTOS
Josée Bleau
Louise Bourbonnais
Diane Brière
Louise Courville
Monique Deslongchamps
Anne-Marie De Vos
Marie Dorion
Kimpov Eap
Jacinthe Giroux
Marie Joannette
France Malouin
Hélène-Françoise Perrault
Gabriele Roehl
Christine Tremblay
BASSES
Didier Airaudo
Dominique Brunel
Christian Desbiens
Pierre-Yves Lauzé
Stéphane McDuff
Michel Péloquin
François Rico
Vincent Roy
Solistes

Consuelo Morosin
Soprano
Diplômée en interprétation de chant à l’Université de Montréal, Consuelo Morosin a fait un passage remarqué en Europe pour son rôle de Juliette dans Roméo et Juliette de Gounod et elle a tenu les rôles de Gianetta dans L’élisir d’amore, de Giovanna dans Rigoletto, d’Annina dans La Traviata, ainsi que le rôle-titre dans La Traviata avec l’Ensemble lyrique de Montréal. Consuelo participe en tant que soliste aux concerts des Jongleurs depuis de nombreuses années.

Anik Saint-Louis
Mezzo-soprano
Après une maîtrise en chant à l’Université de Montréal,
elle poursuit sa formation au sein de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Montréal, où elle personnifie Fiordiligi dans Cosi fan tutte. Elle a été en France pour se joindre aux Jeunes Voix du Rhin puis en tournée au Japon, au Brésil, et dans plusieurs pays d’Europe. Ses rôles incluent le rôle-titre des opéras Tosca et Turandot, Donna Elvira
dans Don Giovanni et La Contessa dans Le Nozze di Figaro.

Éric Prud’homme
Ténor
Éric Prud’homme a fait sa formation musicale à l’École de Musique de l’Outaouais, puis à l’École de musique Vincent d’Indy, à l’Université McGill, et auprès de différents maîtres, notamment à Lucca et à Vérone, en Italie. Comme membre de la compagnie Et Vive l’Opéra, il a été Johann Strauss dans La vie amoureuse de Johann Strauss, Camille dans La veuve joyeuse, Des Grieux dans Manon et Alfredo dans La Traviata.

Manuel Blais
Basse
Diplômé de l’École de musique Vincent d’Indy en piano et de l’UQAM, Manuel Blais a notamment été soliste pour I Musici, l’OSM, la Société Philharmonique de Montréal et l’Ensemble Millénia. Il a à son actif de nombreux rôles à l’opéra sur la scène internationale, dont Escamillo dans Carmen, Germont dans La Traviata, Figaro dans Les noces de Figaro et Papageno dans Die Zauberflöte.
Orchestre
Jeanne Côté – Violon I
David Piché – Violon I
Victoria Dathe – Violon II
Camille Mireault-Lalancette – Alto
Arthur Prieur – Violoncelle
Dominic Gauthier – Contrebassiste
Julie Blanchet – Flûte
Luka Marcoux – Hautbois
Samie Archer – Clarinette
Mariana Olaïz – Basson
Christopher Kerr-Barr – Trompette
Joseph Visseaux – Timbales
Une page se tourne aux Jongleurs…

Une page importante se tourne dans la vie des Jongleurs. Mercedes Roy, notre pianiste bien-aimée, tire sa révérence à titre d’accompagnatrice au piano. Aux côtés de notre chef Andrei Bedros depuis plus de 25 ans, Mercedes a apporté une contribution professionnelle et personnelle qui a façonné l’identité des Jongleurs au fil du temps. Musicienne et chanteuse de formation, elle a mis tout son art et sa générosité au service de la chorale comme pianiste, répétitrice et professeure de chant à la direction des pupitres afin de nous aider à apprendre, à évoluer et à nous dépasser. Année après année, saison après saison, Mercedes a été un pilier discret, mais combien indispensable, au soutien de l’édifice musical qu’Andrei construisait avec les choristes, afin de donner naissance à de magnifiques concerts, accomplissements qui nous comblaient de joie et de fierté. C’est avec le cœur débordant de reconnaissance et d’émotion que nous soulignons le travail exceptionnel et la contribution artistique de Mercedes Roy à la vie des Jongleurs. Son doigté, sa gentillesse, sa joie de vivre et son sourire, qui n’appartiennent qu’à elle, sont gravés profondément dans nos cœurs. Nous lui disons mille fois merci, d’avoir pris la route des Jongleurs avec nous et d’y avoir semé le meilleur d’elle-même. À l’avenir, légèrement en retrait des Jongleurs, elle demeurera bien présente avec nous puisque son héritage est là pour rester.
Un grand MERCI Mercedes!
Hélène-Françoise Perrault, choriste alto
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